Marlene Dumas, la femme peintre la plus chère au monde

Connue pour ses portraits, Marlene Dumas vit depuis quarante ans aux Pays-Bas. Cette artiste sud-africaine de 61 ans s’inspire largement des médias dans ses toiles qu’elle vend jusqu’à 6 millions de dollars. Une rétrospective lui est consacrée, L’image comme fardeau, jusqu’au 4 janvier au musée Stedelijk à Amsterdam.

Marlene Dumas doit son nom aux descendants de huguenots français qui se sont établis au XVIIe siècle en Afrique du Sud, en même temps que les colons hollandais. Fille d’un vigneron de Kuils River, un village éteint de la province du Cap, elle fait partie des quelques Afrikaners qui ont préféré quitter le pays plutôt que de vivre sous l’apartheid. Elle avait 23 ans. C’était en 1976, l’année des émeutes écolières de Soweto réprimées dans le sang.

 

Arrivée aux Pays-Bas, cette grande blonde aux cheveux bouclés s’inscrit dans les Ateliers 63, à Haarlem, puis en psychologie à l’université d’Amsterdam. Loin de la censure de l’apartheid, elle se retrouve plongée dans une capitale pop et libertaire. Dans les musées, elle s’initie à l’art classique européen. La télévision, qui n’est autorisée qu’en 1976 en Afrique du Sud, déverse son flot d’images. Et dans les rues du Quartier rouge, elle est fascinée par une pornographie inconnue chez les protestants puritains de sa campagne.

Des facettes de la condition humaine

« Je n’ai jamais dessiné un arbre de ma vie », dit-elle. Allant à contre-courant et sans faire partie d’aucun groupe, elle décide en 1984 d’abandonner l’abstraction de son époque, pour retourner à l’expressionnisme de ses dessins d’enfant. Elle ne peint plus que des visages et des corps.

Elle expose en 1985 des portraits à la galerie Paul Andriesse, à Amsterdam, à qui elle est restée fidèle. Elle rencontre un cousin de son galeriste, Jan Andriesse, un artiste abstrait, né comme elle dans une ancienne colonie néerlandaise – l’Indonésie. Elle élève avec lui, sur deux bateaux amarrés sur la rivière Amstel, leur fille Helena, née en 1989.

Ses toiles et dessins se distinguent par leur contenu politique et leur message fort. Alors que beaucoup d’artistes occidentaux se perdent dans des questions de pure forme, elle n’hésite pas à provoquer sur des thèmes contemporains. Avec une grande économie de moyens, souvent de l’encre de chine sur papier, elle traite des différentes facettes de la condition humaine : passion, violence, racisme, religion, sexe, mort...

Une « beauté terrible »

Elle voit une « beauté terrible » dans les nouveau-nés comme dans les mannequins, les femmes posant dans des revues pornographiques ou les jihadistes prêts aux attentats-suicide. Dans ses archives, elle a des coupures de presse rangées dans des boîtes étiquetées « guerre », « couples » ou « porno ».

En tant que Sud-Africaine blanche, elle s’est opposée à l’apartheid, sans en faire un sujet central dans son art. Elle est l’une des rares, cependant, à peindre des visages noirs et blancs et à les exposer ensemble.

Aujourd’hui, elle est la femme artiste la plus chère au monde. Son tableau La maîtresse, d’après une photo de classe, s’est vendu 3,3 millions de dollars en 2005 chez Christie’s à Londres. Ses toiles coûtent entre 2 et 6 millions de dollars.

Elle dérange, mais ne répond pas aux critiques d’art – toujours masculins – qui la tiennent comme le New Yorker pour une artiste « de seconde zone ». Elle expose dans tous les grands musées de la planète. Des rétrospectives lui ont été consacrées de l’Afrique du Sud au Japon en passant par le Museum of Modern Art (Moma) de New York.

Plus encline à se protéger qu’à défendre la place des femmes dans l’art, elle ne donne des interviews qu’avec parcimonie. Et ne se dévoile que très peu : « Je ne fais pas de vélo, je ne sais pas nager, je ne vais pas à la gym et je ne pars pas en vacances », dit-elle ainsi en 2008 à une journaliste du New York Times venue la voir à Amsterdam. Pince-sans-rire, elle compare ses acheteurs aux clients d’une prostituée : « Je ne peux pas me débarrasser de ceux que je n’aime pas, parce qu’ils paient pour m’avoir ».

Ben Laden en jaune et bleu

Marlene Dumas a exécuté des portraits très connus de Mandela jeune ou du mannequin noir Naomi Campbell. Son portrait d’Oussama ben Laden a été acheté par le musée Stedelijk en 2012. Cette toile dépeint le fondateur d’al-Qaïda en jaune et bleu, sous des traits doux et un visage légèrement souriant. Un tableau dérangeant… « Pour moi, le texte est étroitement associé à l’image, dit l’artiste. Si on ne savait pas qui était cet homme, quel effet aurait cette toile ? »

De même, elle a réalisé entre 2002 et 2005 une série intitulée Jeunes hommes, d’après des photos de jihadistes et de jeunes Marocains de son quartier. Une manière de s’interroger sur l’islamophobie montante et le fait que tous les jeunes ayant des traits arabes soient perçus comme des ennemis potentiels, depuis les attentats du 11-Septembre 2001 à New York.

Elle réfléchit sans cesse à ce qu’elle appelle le « fardeau de l’image ». Autrement dit, le poids des mots et le choc des photos continuellement diffusés par les médias. Elle-même rechigne à s’exposer, et préfère rester une énigme.

Source : les voix du monde

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