L’artiste peinte de renom Omar Bouragba vient de publier sa monographie  avec le soutien du ministère de la culture dont voici sa préface :

«  Le lecteur s'offensera peut-être de me voir reprendre la plume pour livrer une réflexion qui n'a pas besoin d'être ici justifiée. Quoique j'eusse pu faire entrer dans ce prélude, il

m'a semblé que n'y ayant point un angle nécessaire, le lecteur trouverait plus d'intérêt à privilégier l'oeuvre dans sa variation plutôt que la critique qui se noie dans les catégories formelles.

Tout éloigné que je suis de prétendre à la qualité d'un critique d'art objectif, témoin cependant du long parcours de l'artiste, je n'ignore point qu'une appréciation doit être déchargée de l'amitié qui la rendrait pesante. Il n'est pas même besoin d'une autorité en la matière pour prouver une vérité si simple: le bon sens et le goût.

D'abord un fait: Bouragba est un artiste qui a entièrement consacré sa vie à la peinture. Son cheminement silencieux s'est poursuivi avec tant d'opiniâtreté, avec une tension si soutenue et une absence d'ostentation qui mérite le respect. J'ai toujours trouvé quelque chose d'enrichissant, d'heuristique dans le travail iconique de ce peintre qui a le don de nous conduire au-delà du représentable.

J'ai toujours apprécié son travail, sa qualité picturale qui couronne une oeuvre arrivée à sa maturité,  accordant une attention privilégiée à la matière dans un dispositif qui allie formes structurées, couleurs, compositions harmonieuses pour célébrer comme il se doit la lumière dans un langage se fondant sur une recherche sentie en pensée sensorielle. Chacun de ses tableaux emprunte à un agencement soigneusement orienté. Mieux qu'un artiste, il pourrait être un illusioniste. Et ceci lui confère une place particulière dans les arts plastiques marocains.

Si l'on excepte quelques oeuvres qu'on peut situer autour des années 90, on peut d'ores et déjà dire que l'oeuvre de Bouragba est faite d'oppositions entre hédonisme et scepticisme, du moins c'est ce que j'ai toujours ressenti au contact de tout un florilège dont la mystérieuse substance n'a pas fini de m'interpeller. Mais chacun est invité à analyser et interpréter selon sa propre vision, selon son vécu personnel. Il s'agit tout simplement de trouver la clef pour pénétrer subtilement cette peinture organique au gré de sa propre imagination.

De toute manière, on ne peut échapper à cette pensée de l'espace qui fait intervenir dans une expression picturale l'abstraction de la lettre et du signe offrant une infinité de possibles à la création artistique. Pourtant, l'artiste n'ira pas jusqu'à s'abandonner au mouvement "hurrufiyyâ", concept forgé par les peintres irakiens autour des années 40. Certes Bouragba a forgé un mode de création qui a tenu à privilégier la tradition mais en lui intégrant des données de l'art universel. "Il n'y a pas d'innocence de la vision" disait Gombrich.

Le peintre a choisi le concret et son travail tire beaucoup vers la poésie dans un élan de cohabitation et de sensibilité. Mais le plus frappant n'est pas dans ce dialogue. Il réside dans la fluidité qui émane de sensations épurées. Cette oeuvre est si résolument intemporelle qu'il est difficile de la situer sur le plan chronologique. Là est sa seule vérité, vérité qui se situe dans "la libre nécessité". C'est comme un voyage que l'artiste arpente dans son art. Et on ne ne saurait mieux définir cet art qui, pour paraphraser Walter Benjamin, n'a jamais perdu de vue que son unique objet est de révéler à la conscience les puissances de la vie spirituelle. ».

Noureddine Bousfiha

Sociologue et sémiologue des arts  et des littératures

ESPACES INSTITUTIONNELS


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